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Redécouverte d’une descente spectaculaire, d’une verticalité inhabituelle dans la région. Le Gran Canal de Peña Calma impose une progression 100% « sans quitter la corde » sur un dénivelé de plus de 300 m. Grands rappels, relais aériens et engagement sérieux sont au rendez-vous. La descente de cet affluent fossile en rive droite du Rio Isuala est réservée à des équipes réduites et très bien rodée.

 

Nous étions fort présomptueux en janvier 2008 lorsqu’avec PMO nous sommes partis à deux à l’attaque de la face Est de la Peña Calma où j’avais repérer l’année précédente une entaille prometteuse, annonciatrice d’une nouvelle descente présentant une rare verticalité dans ce secteur de la Sierra. Ce barranco pouvait bien être vierge car rien n’indiquait qu’il ait été parcouru auparavant : ni topo, ni mention sur internet, rien !... Il fait beau mais très froid : moins 6° au thermomètre, lorsque nous gravissons la ligne de crête qui domine la rive droite du canyon du Balced, en amont de ses célèbres Oscuros. Heureusement, notre objectif est un affluent fossile, un « dry » comme l’on dit. Nous partons donc chaudement équipé façon « montagne hivernale ». Une petite heure de montée à travers pierriers et lapiaz, nous conduit à un petit col ou s’ébauche la descente.



La "Punta calma" et le "Gran canal", vus depuis le versant opposé du canyon du Balcès.

 

Un premier rappel de 30 m, arrimé sur un bouquet de buis, nous dépose au creux d’une combe envahie de végétation. Nous bartassons dans une pente « casse-gueule » jusqu’au rebord du précipice, le vrai départ se présente ici, plein gaz ! Notre surprise est grande de trouver deux plaquettes sur spits reliées par une sangle noire. C’est raté pour la « première » ! Nous sommes un peu déçus mais déterminés à poursuivre notre aventure. Cet équipement anonyme n’est pas récent mais encore fiable. La verticale parfaite qu’il équipe est très haute, bien plus que les cordes de 65m que nous avons embarquées. Je m’engage dans le vide et soixante mètres plus bas, presque en bout de corde, je dois stopper sur une vire insignifiante faute d’avoir trouvé mieux plus haut. Un relais en paroi s’impose qu’il faut équiper grâce à notre mini perfo : deux goujons et plaquettes. L’endroit est un dièdre extrêmement exposé aux chutes de pierres, à l’aplomb d’une falaise de mauvais rocher délité. PMO me rejoint et en fait les frais, se prenant une pierre sur la cuisse. Heureusement, la caillasse n’était que centimétrique, et il s’en tirera pour un beau bleu. On rappelle prestement les cordes pour s’extirper de ce piège. Encore une longueur de trente mètres et l’on rejoint une bonne terrasse.


Au pied de la C90

 

Un nouveau relais équipé se présente. Étant encore un peu juste en longueur de corde, je descends une dizaine de mètres jusqu’à une petite marche, juste assez profonde pour y caler mes pieds, où s’agrippe un modeste arbrisseau. Le perfo est remis à l’épreuve pour poser un goujon. La mèche perfore 3-4 cm et l’engin cale ! La batterie limitée de ce modeste matos a succombé au froid vif qui sévit. Je m’obstine, cherchant à le réchauffer au mieux, et réussit à grappiller les derniers centimètres utiles avant qu’il ne me lâche définitivement. Il faut absolument doubler l’amarrage car le calcaire n’est assurément pas très compact. Et on n’a pas envie de trainer ici trop longtemps, accrochés en pleine paroi. Ca caille ! De plus, notre capital « temps » est compté car en janvier les journées sont courtes. La pose d’un bon vieux piton sauve une fois de plus la mise et pour renforcer le tout, je triangule avec l’arbrisseau et répartis ainsi au mieux la charge. Le relais est précaire mais suffisant pour enchaîner avec les 55m manquant, essentiellement surplombants. On atterrit sur une dalle pentue et jonchée de pierraille éboulée. Un arbre semble avoir miraculeusement résisté aux bombardements incessants de la montagne. Il sert d’amarrage naturel pour atteindre un autre, trente mètres plus bas dans la pente. Devant nous se dresse un formidable resserrement. Les 200m descendus, au-dessus de nos têtes, empruntent un dièdre, en forme de livre ouvert. Les parois de ce dièdre se redressent à notre hauteur pour former un ravin en V, et se referment plus bas jusqu’à former un profond sillon, véritable « coup de sabre » taillé entre des parois d’une bonne centaine de mètres. L’étroiture est telle que des blocs éboulés sont venus se coincer en hauteur, calés entre les parois distantes de seulement deux à trois mètres.


Départ de l'encaissement

 

Une centaine de mètres de descente en rappels nous enfoncent dans l’estrecho. Faute de temps, nous tirons une dernière grande longueur en dépassant un bon replat, juste à l’aplomb des blocs coincés, lequel aurait fait idéalement un bon relais. Mais il est déjà tard et nous sommes peu motivés pour ressortir la trousse à spits . Cinquante mètres de descente sur les fesses dans une goulotte inclinée nous mènent enfin à la lumière. Nous ressortons au pied des parois de la Peña Calma et à la naissance d’un immense pierrier qui s’évase jusqu’aux rives du Rio Isuala, trois cent mètres plus bas. On prend enfin la mesure du rôle que joue le « Gran Canal » comme réceptacle d’érosion en canalisant les pierres qui se détachent inexorablement des escarpements et finissent leur progression ici. Il ne nous reste plus qu’à rejoindre le fond du canyon puis à remonter péniblement par le sentier qui, d’habitude, sert d’accès pour la descente des Oscuros.

 

Philippe Viette


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